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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 12:00

La note dans la boite à gant, laissée par le propriétaire précédent de la voiture, est très précise : "pour démarrer, même à froid, il ne faut pas, je répète, il ne faut pas, utiliser le starter; trois ou quatre pressions brèves de l'accélérateur suffisent". Donc Peter Rainbird a tourné le contact et démarré le moteur en jouant de la pédale d'accélérateur avec la dextérité et la sensibilité d'Alfred Brendel exécutant un concerto pour piano de Mozart. C'était quelques secondes avant que l'orchestre en six cylindres d'Aston Martin ne se décide à se joindre à lui, en jouant de façon intermittente pour commencer, engorgé par le trio de Weber double corps cajolé doucement puis exhorté. Alors, soudainement, est arrivé crescendo et en harmonie, le son tout en puissance de la gloire passée.

 

L'AM Vantage de Rainbird est le dernier modèle Aston Martin à six cylindres sorti de l'usine de Newport Pagnell; les modèles actuellement produis sont équipés de l'inégalable V8 (nous sommes en 1986).

 

Rainbird a possédé BVW5L pendant 18 mois et il a payé pour cette auto ce qu'il pourrait avoir payé pour une Ford Sierra ou une Vauxhall Cavalier de milieu de gamme. Mais la perspective sonore produite par le moteur 4 litres de 325 chevaux est assez différente de celle des automobiles sorties de Dagenham ou de Luton (usines Ford et Vauxhall).

Ainsi, avec le moteur chauffant rapidement, ponctué de petits ratés occasionnels, l'Aston s'engage avec facilité sur la route, en accélérant avec un magnifique grondement en première vitesse, sélectionnée en poussant le levier à gauche et en arrière, les quatre autres rapport étant placées dans une grille en H. En deux minutes nous étions déjà au delà de la limitation de vitesse de 40 mph et l'Aston accélérait vigoureusement.

"Je n'avais pas vraiment envisagé d'acheter une voiture classique moderne - ou quelque soit la façon dont vous les appelez" dit Rainbird, un ancien pilote d'Aéronavale qui a piloté un des derniers des supers avions de chasse à moteur à pistons, un Sea Fury et le premier chasseur à réaction naval britannique, le Supermarine Attacker, au début des années 1950. "Je ne suis pas vraiment ce que vous appelleriez un passionné d'automobile, même si j'aime conduire, je ne suis pas particulièrement intéressé par les vis et les boulons. Mais j'apprécie vraiment une bonne voiture - sa qualité, ses performance et sa tenue de route.

 

En tant que directeur général de la société familiale d'entrepreneurs en bâtiment à Brentwood, dans l'Essex, le moyen de transport habituel de Rainbird est une MG Metro - qu'il a acheté parce que c'est raisonnablement rapide, manoeuvrable et économique - un Land Rover et une Vauxhall Astra break pour sa femme.

 La famille a aussi un Microbus VW d'un certain âge.

 

"Mais j'ai décidé vouloir quelque chose d'un peu plus chic et plus confortable pour les longs trajets, pour l'utiliser moins pour  mon activité professionnelle que pour le plaisir. J'ai été voir une ou deux Jaguar et éventuellement une Saab Turbo. Puis j'ai entendu dire qu'une Aston Martin était à vendre dans les environs. Cela m'a semblé très intéressant, donc je suis allé la voir." 

 

Ce qu'il avait trouvé était quelque chose de plutôt spécial, l'Aston avait appartenu à Dick Jacobs pendant des années, un garagiste MG et le propriétaire jusqu'au milieu des années 1970s du Garage Mill, dans le Sud Woodford. Ce garage avait été une des concessions de MG les plus célèbres dans le pays avant qu'il ne fut démoli pour faire place au développement de l'autoroute M11.

A 70 ans, Jacobs - sérieusement blessé quand le prototype MGA qu'il conduisait pendant la course du Mans 1955 s'est pulvérisé peu de temps après la tragédie impliquant la Mercedes de Pierre Levegh - avait possédé plusieurs Aston Martins.

Et BVW5L a reçu beaucoup de soin et d'attention depuis le jour où Jacobs l'a immatriculée le 25 juillet 1973. Elle est superbe.

Il a expliqué à Rainbird que la voiture était la dernière six cylindres à quitter l'usine Aston Martin de Newport Pagnell. La société avait produit des voitures à slx-cylindre pendant plus de 23 ans et pendant plus de 15 ans avait utilisé le moteur conçu par Tadek Marek. Mais en juillet 1973, quand BVW5L a été achevée, le passage au V8 était définitif.

 

La voiture n'avait pas été restaurée ou rénovée et, quand elle a été vendu l'année dernière par Jacobs, elle avait parcouru seulement 61000 miles. Une ligne d'échappement en acier inoxydable avait été montée en 1980, les pneus Avon étaient excellents et la voiture était à vendre avec des roues Wolfrace plus un jeu de roue fils chromés. Le soubassement traité anticorrosion  et récemment traité au Waxoyl était dans un état exceptionnel. Même la trousse à outils d'origine était complète.

 

"Donc je l'ai essayée et je l'ai aimée" dit Rainbird. Jacobs avait décidé d'acheter quelque chose d'un peu plus petit que l'Aston et utilise maintenant une Mazda RX-7. Mais il voulait que BVW5L aille dans une bonne maison où on occuperait d'elle. Il demandait £8000 pour la voiture, ou un montant approchant. Jacob et Rainbird se sont mis d'accord sur £7500; le prix neuf catalogue était de £6945.

Depuis cet achat, Rainbird a conduit l'Aston seulement environ 3000 miles. À part les coûts d'entretien, il a aussi dépensé de l'argent, quoiqu'il évite de préciser combien, pour un nouvel embrayage et un peu de travail mineur sur la carrosserie, autour du pare-brise et de la lunette arrière où l'acier inoxydable et l'aluminium sont en contact et se "prennent en grippe" (traduction littérale que j'aime beaucoup donc je l'ai conservée)  aboutissant à une réaction chimique provocant le bullage de la peinture.

 

Rainbird dit que quand il a acheté la voiture il savait qu'il pourrait y avoir quelques grosses factures pour des travaux travail ou des pièces : "mais vous devez vous engager dans une affaire comme celle là  avec un esprit ouvert; il y a aussi le mauvais coté (le coté obscur...). Mais il voit la voiture comme un investissement. "A condition que je m'en occupe, je ne peux pas la voir perdre beaucoup de valeur et elle peut même augmenter un peu."

Il semble vraiment être plutôt plus sous le charme de l'Aston qu'il ne pourrait l'admettre et il a rejoint le Club des propriétaires d'Aston Martin (AMOC), plus pour avoir des informations et des conseils que pour les rencontres.

"Je pense que je m'habitue vraiment seulement maintenant à l'auto après l'avoir utilisé une année. C'est un peu une brute et il faut vraiment être vigilant quand vous conduisez rapidement, mais c'est superbe. Ainsi sur une route dégagée quand je la conduis, sans exagérer, elle accélère magnifiquement avec un grondement effronté, dès que le frein à main "fly-off"est desserré et que la pédale d'accélérateur est enfoncée permettant aux Weber de remplir les cylindres.

Dick Jacobs estime que la consommation de carburant d'Aston est de l'ordre de 14-15 mpg (17 litres aux 100kms) si vous conduisez comme il se doit et il est très difficile de faire autrement. On peut seulement espérer descendre à 14 litres aux 100kms en ayant le pied léger.

 

Le changement de vitesse est moelleux à souhait. La course est un peu longue mais le maniement du levier offre peu de résistance et les changements de rapport peuvent être faits très rapidement et facilement. La démultiplication est assez élevée et bien adaptée pour que le grand compte-tours bien lisible affiche environ 2500 trs/min à 60mph (96km/h) en cinquième.

 

L'auto est équipée de la direction assistée. Le pédalier, articulé au plancher semble dur et la pédale d'embrayage doit être bien enfoncée pour permettre de changer les rapports facilement. Le cockpit est un éparpillement peu ergonomique des commandes avec le commutateur  d'essuie-glace monté en bas à droite sur le pied A à proximité du genou droit du conducteur.

 

Poussé sur une route sinueuse, l'Aston a tendance à prendre du roulis procuré par une suspension arrière assez souple. Mais après quelques miles, vous ressentez cette grande et lourde voiture, avec son capot moteur bombé qui trahi son age, comme un seul bloc. Les virages sont pris plus rapidement dans un crissement de pneumatiques, vous emmenez le moteur plus haut dans les tours et le freinage est plus tardif.

À 64000 miles et maintenant âgée de 13 ans, l'Aston fonctionne magnifiquement.

Si vous pointez votre capot dans le trafic, les autres conducteurs regardent inévitablement et d'une manière appuyée dans leurs rétroviseurs et les passagers se retournent pour regarder.

Et pour le bien des gens qui pourraient ne pas avoir vu l'Aston derrière eux, Jacobs a pris l'option, parfaitement légal à l'époque, d'un klaxon deux tons Marchal. Il y a un commutateur sur la console centrale qui permet au conducteur de choisir le son discret ou insolent.

Quand il y a un dégagement, alors l'Aston accélère en seconde ou en troisième avec ce grondement qu'on entend rarement dans des voitures modernes et qui ferait honneur à un bel ours brun .

 

Rainbird dit de son Aston : "c'est plutôt comme un bon avion, quand vous entrez dans son jeu, quand vous parvenez vraiment à la connaître, vous faite partie de la machine. Vous arrivez à comprendre ses forces, ses faiblesses et ses particularités. Alors la magie commence à opérer."

 

Et exploiter BVW5L apporte en effet beaucoup de satisfaction.

 

Nota: BVW5L est l'immatriculation anglaise de l'auto. En Angleterre, les autos historiques sont souvent connues par leur numéro d'immatriculation qui peut rester constant même lors du changement de propriétaire.

 

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